LÀ OÙ LA BLESSURE EST VUE ET ACCUEILLIE, LA VIE CIRCULE DE NOUVEAU
Un souffle profond, continu, ample m’emmène dans ces endroits marqués par les blessures anciennes, dans ces moments où quelque chose en moi s’est refermé, pour ne plus être atteinte. Car là où j’ai été blessée — abandonnée, trahie, trompée, non entendue, non reconnue — je n’ai pas seulement perdu confiance en l’autre, j’ai surtout commencé à me méfier de moi et surtout de la vie elle-même. Alors je me suis protégée. Je suis devenue tranchante, coupante, cinglante, renforcée dans mon armure de guerrière. Ce faisant, je me suis coupée de mes propres élans pour ne plus risquer de les voir brisés à nouveau. J’ai confondu vigilance et fermeture.
Le souffle, ne nie pas la blessure, ne la minimise pas. Il ne me dit pas de faire confiance aveuglément. Il me propose autre chose, de beaucoup plus exigeant et plus doux à la fois : revenir sentir, ici et maintenant, ce qui est encore vivant en moi… malgré la blessure.
Car la douleur que je porte encore, et qui se réactive tant que je ne la regarde pas, vient souvent d’un moment où la vie a été interrompue dans son mouvement — un élan d’amour non reçu, une vérité non accueillie, une confiance déposée au mauvais endroit, au mauvais moment. Et ce qui fait souffrir, ce n’est pas seulement ce qui s’est passé, c’est ce qui, depuis, n’a plus continué à circuler. Ou si peu.
Le souffle, rouvre doucement le passage, respiration après respiration. À chaque inspiration, quelque chose en moi demande à se renouveler, à grandir, à se transformer. À chaque expiration, je relâche, millimètre par millimètre, les tensions construites autour de la peur.
Petit à petit, je découvre que je peux rencontrer ma blessure sans m’y enfermer, sentir la mémoire sans redevenir le passé. Le souffle ne “répare” pas au sens où il effacerait l’histoire. Il restaure la circulation. Il redonne du mouvement là où il y avait de la fixité. Et dans ce mouvement retrouvé, une autre forme de confiance apparaît — non pas une confiance naïve, mais une confiance enracinée dans l’expérience que, même blessée, je reste vivante, et que cette vie en moi sait retrouver son chemin.
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