L’ÉCUME DES CHOSES
Paul Valéry écrivait : « Les événements m’ennuient… Les événements sont l’écume des choses. Mais c’est la mer qui m’intéresse. »
Nous passons nos vies à commenter les vagues — les crises, les conflits, les réussites, les effondrements, les émotions passagères — sans prendre le temps de sentir la mer elle-même, cette profondeur silencieuse qui porte tous les mouvements. Pourtant les événements ne sont que la surface visible du réel, l’écume qui apparaît, change de forme et disparaît aussitôt. Lorsque nous perdons le contact avec notre respiration, nous devenons ainsi prisonniers de l’écume des événements; nous réagissons à chaque remous comme s’il était la totalité du réel.
Et quand nous revenons au souffle en conscience, nous découvrons qu’au cœur même du tumulte existe une profondeur qui ne lutte pas contre les vagues. La mer n’est jamais séparée de l’écume ; elle l’engendre. De la même manière, notre présence profonde n’est pas séparée de nos émotions, de nos tensions ou de nos pensées : elle les traverse et les contient.
Peut-être qu’il nous faudrait apprendre à moins commenter les vagues et à devenir intime avec les forces invisibles qui les mettent en mouvement ? Peut-être qu’ainsi, nous sentirions que nous ne sommes pas seulement ballotés par les événements du monde, mais que nous sommes aussi reliés à une profondeur plus ancienne, plus vaste, plus essentielle — une mer intérieure dont chaque souffle révèle le mouvement éternel.
Photo faite à Gozo, Malte.
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