JE SUIS MON CORPS
Longtemps, j’ai vécu comme si j’avais un corps. Un corps à gérer. À corriger. À guérir. À utiliser pour grandir, avancer dans la vie, être performante, séduire, enfanter. Je percevais bien sûr mes sensations, mes mouvements, ma respiration. Mais à distance. Comme on observe un objet. Comme si ce corps n’était pas vraiment moi.
Et puis le souffle est arrivé. À ce moment-là de ma vie, il fallait vraiment que quelque chose change.
Il m’a cueillie dès la première séance de respiration. Quelque chose s’est ouvert. Doucement. C’était comme rentrer à la maison. Une maison quittée depuis longtemps.Jusque-là, j’étais restée sur le seuil. À regarder de l’extérieur. Le jour où j’ai commencé à habiter ma maison, je n’ai plus eu besoin de chercher le sens de ma vie. Le sens de ma vie, c’est ma vie elle-même, telle qu’elle se vit, souffle après souffle.
Alors j’ai cessé de vouloir faire « bien fonctionner » mon corps. Je n’ai plus cherché à l’optimiser, à le maîtriser, à le réparer sans fin. J’ai commencé à l’écouter. À le laisser me vivre. Car j’avais enfin compris : je n’ai pas un corps. Je suis mon corps.




