COMMENT JE ME SUIS ABSENTÉE DE MOI-MÊME
J’aime beaucoup cette petite parabole. C’est l’histoire d’un jeune poisson rouge qui nage dans son aquarium et qui demande un jour à son compagnon : « Dis-moi… où est l’eau ? ». L’autre poisson le regarde, surpris. « L’eau ? Mais elle est tout autour de nous ! » Le petit poisson réalise soudain qu’il est immergé …mais qu’il n’en avait jamais vraiment pris conscience.
C’est exactement ce qui m’est arrivé avec mon corps. Je vivais un paradoxe étrange : je passais ma vie dans mon corps, et pourtant j’y étais rarement !
Mon corps, lui, était là. Il était déjà mouvement avant même que je sache le nommer. Chaque sensation, chaque souffle, chaque micro-mouvement me rappelait que ça fluait, vibrait, pulsait. Comme l’eau d’une rivière. Comme le vent dans les branches. Comme le souffle.
Mais mon esprit filait ailleurs : dans le passé, le futur, les obligations, les rôles, les fonctions, les objectifs, les contraintes et mes blablas ! Je m’absentais de mon corps, de mon être. Je me souviens que ça a vraiment commencé à l’adolescence : un soir dans mon lit, j’ai décidé que toutes ces sensations, vibrations, tous ces mouvements internes… m’embarrassaient. J’avais mieux à faire avec mes études et mon avenir. Alors je me suis coupée du plaisir de ressentir, de me sentir vivante. Les ressentis n’ont plus eu voie au chapitre. Ce n’est pas que je n’en avais pas. C’est que c’était un objet d’embarras.
Durant cette partie de ma vie, active, très active même, combien de fois ai-je été réellement attentive à mes sensations internes ? Combien de fois ai-je accepté d’écouter ce qui réclamait de l’attention en moi ? Qu’avais-je fait du décodeur des signaux intérieurs ?
Le seul moyen que le corps a, d’attirer notre attention sur nos comportements excessifs, c’est le symptôme, l’accident, la maladie… Pour moi, ce fût un burn-out et le chaos.
Alors je suis revenue vers lui. J’ai réellement commencé à le prendre au sérieux, à l’écouter. J’ai appris à prendre de ses nouvelles plusieurs fois par jour, à décrypter ce qu’il a à me dire. Ce n’est ni un exercice ni une discipline, et encore moins de l’égocentrisme et ça s’apprend.
Je suis comme le poisson rouge. Je reconnais enfin l’eau dans laquelle je nage !
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