L’INTELLIGENCE QUI RELIE: HOMMAGE À EDGAR MORIN /5
« À une pensée qui isole et sépare, il faut substituer une pensée qui distingue et relie. À une pensée disjonctive et réductrice, il faut substituer une pensée du complexe, au sens originaire du terme complexus : ce qui est tissé ensemble. » Edgar Morin *
En opposant les disciplines, les sciences aux humanités, la raison à l’émotion, l’individu au collectif, l’humain au vivant, notre civilisation a progressivement affaibli sa capacité à saisir la complexité du monde. La pensée simplifiante découpe, isole et fragmente ce qui est profondément interdépendant. Or, aucun phénomène ne peut être compris isolément.
Relier les parties au contexte, le contexte à la totalité, et la totalité aux interactions qui la constituent, devient donc un acte essentiel. Il s’agit d’unir sans confondre, de distinguer sans séparer, de reconnaître les singularités sans perdre de vue la trame vivante qui les relie entre elles.
C’est là que la respiration consciente a pris pour moi une autre dimension. Le souffle est devenu une pédagogie vivante, sensible et incarnée de la reliance. En respirant, je fais l’expérience concrète que rien n’existe séparément. J’apprends à sentir simultanément plusieurs dimensions de l’expérience : le dedans et le dehors, le corps et la conscience, la sensation et la pensée, l’intériorité et la relation au monde. Le souffle conscient restaure la continuité entre qui je suis et le flux de la vie. Il me rend plus intelligente, car je réapprend à relier les savoirs, les expériences, les êtres à eux-mêmes, aux autres et au vivant.
Pour moi, l’intelligence la plus précieuse, n’est plus celle qui simplifie à outrance, mais celle qui sait entrer en résonance avec la complexité du vivant. Une intelligence qui respire et qui relie.
* La Tête bien faite. Repenser la réforme, réformer la pensée, Paris, Seuil, 1999
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