365 leçons du souffle/Jour 42/11 Février

 SIMPLE OU COMPLEXE ?

Ceci est un paradoxe.

Et c’est sans doute celui que j’ai eu le plus de mal à intégrer.

Longtemps, j’ai réduit. J’ai aplati. Je me suis coupée de la richesse du réel pour aller vite, pour me rassurer, pour éviter la responsabilité de la relation. Je croyais qu’une règle unique, qu’une injonction, qu’un avis pertinent pouvait résoudre une situation. Une relation. Un conflit. Une tension intérieure.

Alors je jugeais. J’étiquetais. Je classais. Et ça me rassurait. Mais je déformais la réalité. Profondément. Car le réel est infiniment plus nuancé que toutes mes catégories. Je perdais le sens. Je créais de la rigidité. Et surtout, j’ignorais la profondeur et le mystère de chacun. Y compris les miens.

Respirer, c’est simple. Le souffle entre. Le souffle sort.

Et pourtant…À chaque respiration, un univers s’anime. Des milliards de cellules se nourrissent. Le sang s’oxygène. Le cœur s’ajuste. Le système nerveux s’équilibre. Le vivant entier se met en mouvement. Un monde intérieur danse avec le monde extérieur. Je n’ai rien à gérer. Et la complexité s’orchestre d’elle-même. La respiration est complexe par ses mécanismes invisibles. Et elle est simple dans son expérience.

Simple, mais jamais simpliste. En respirant profondément, j’ai accédé à une profondeur qui est l’essence même de la complexité. Une complexité qui accueille la richesse. Qui la rend lisible. Qui la rend habitable. Qui la rend vivante.

Alors j’ai compris. Je confondais simplicité et simplisme. Et c’est ainsi que je me coupais de la profondeur de la vie. C’est ainsi que je me coupais de moi. C’est ainsi que je ne pouvais pas me sentir pleinement vivante. C’est ainsi que j’abimais la relation.

Car la complexité n’est pas l’opposé de la simplicité. Elle en est la profondeur.

La mer est complexe par tout ce qui la compose. Et pourtant, l’expérience est simple : il suffit d’y plonger. Un arbre est d’une complexité immense : racines, sève, feuilles, réseaux, échanges invisibles. Et pourtant, l’expérience est simple : il pousse.

Peut-être est-ce cela, le mystère : la simplicité est le visage sensible de la complexité. La respiration en est le murmure.


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