LE SOUFFLE ÉLARGIT LE REGARD
Voici un paradoxe fécond : plus ma conscience s’élargit, moins je prétends savoir, et plus je deviens capable de voir la réalité dans sa beauté et sa complexité.
Lorsque je suis contractée, pressée ou inquiète, mon champ de perception se rétrécit. Mon attention se fixe sur ce qui me menace, ce qui me manque, ce qui résiste. Mon vocabulaire lui-même s’appauvrit : problème, urgence, conflit, erreur, peur…
Lorsque je respire pleinement, mon corps cesse peu à peu d’être mobilisé par la défense. Il se détend. Mon regard s’ouvre. Je commence à percevoir des nuances, des liens, des possibilités qui m’échappaient jusque-là. Le souffle desserre les cadres anciens et révèle un monde plus vaste, plus vivant, plus relationnel.
Ce n’est pas le monde qui change. C’est la qualité de ma présence au monde. Mon état intérieur transforme mon regard, et mon regard transforme ce que je deviens capable de percevoir. Lorsque je décris autrement la réalité, mes mots changent. Et avec eux, les possibles.
Notre avenir collectif dépend peut-être moins de notre capacité à accumuler des connaissances que de notre aptitude à sortir de nos aveuglements, à élargir notre conscience et à retrouver une qualité de présence qui nous permette enfin de voir le vivant tel qu’il se donne.
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