SENTIR QUE J’EXISTE
La formule « Je pense donc je suis », attribuée à René Descartes, irrigue profondément notre culture. Si je pense, j’existe. Je suis certaine d’être, parce que je suis un sujet pensant.
Alors forcément, le monde devient une course : être plus vif, plus intelligent, plus rapide intellectuellement, plus brillant. Exister semble dépendre de la performance de l’esprit.
Et si le centre de gravité était ailleurs ?
Dans Le Sentiment même de soi, le grand neurologue et neuroscientifique Antonio Damasio propose un déplacement décisif : il fait glisser l’origine du sentiment d’exister, de la tête vers le corps.
L’expérience d’être ne commencerait pas avec la pensée abstraite. Elle naîtrait au sein d’un organisme vivant qui régule son équilibre, modifie son état interne et ressent ces modifications : quelque chose se passe dans cet organisme. Et ce quelque chose est ressenti. C’est cela qui me fait me sentir vivante.
Quand je respire en conscience, ai-je besoin d’une idée pour me sentir exister ? Non. Il me suffit de modifier volontairement le rythme autonome de ma respiration. Et alors, la cage thoracique s’ouvre. Le diaphragme descend. Le cœur ajuste son rythme. Les pressions internes varient. Le système nerveux s’accorde. La vie circule.
Et le cerveau cartographie ces changements en permanence. Il enregistre, prend acte, tisse une continuité qui me donne un sentiment continu d’exister.
Je sens que j’existe parce que je perçois que quelque chose vibre en moi. Ces ressentis transforment mon état interne, ma sensation d’être moi. En activant mon souffle, c’est comme si je changeais la nature de mon “je”.
Respirer consciemment, c’est revenir avant l’idée. Avant la performance. Avant le récit. Là où la vie se sent elle-même.
Je ne suis alors plus seulement celle qui pense. Je suis celle qui se sent vivre. Et c’est tellement bon.
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