365 leçons du souffle/ Jour 66

J’ÉTAIS FOL AVOINE

Il fût un temps où je me surnommais Fol Avoine. Comme la plante à la tige fine qui danse dans tous les sens au moindre vent.

Ma respiration ne descendait pas vraiment dans le corps. Le souffle circulait bien sûr, mais il restait en haut. Dans la poitrine. Dans les épaules. J’avançais sans vraiment ressentir le sol sous mes pieds. Comme si mon corps ne se sentait pas tout à fait autorisé à s’ancrer, à s’enraciner.

Alors mon attention restait aussi en surface. Elle était vive. Rapide. Réactive. Elle captait tout. Le moindre signal. Le moindre changement de ton. Le moindre doute dans un regard.

C’était très performant. J’anticipais vite. Je comprenais vite. Je répondais vite. Je sentais une tension subtile : le besoin d’être prête, de répondre, de ne pas me tromper. Dans les starting-blocks.

Mais comme beaucoup de gens « performants », je n’y voyais pas un signal. J’y voyais plutôt la preuve de ma motivation.

En réalité, j’étais dispersée. La vérité, c’est que mon système nerveux restait en alerte, en vigilance rouge. Et dans cet état, on vit sa vie de façon réactive, pulsionnelle.

Je répondais au monde. Mais je ne savais pas le rencontrer vraiment. Parce que rencontrer demande d’ancrer sa respiration plus profondément dans la maison du corps. Et de l’habiter.


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