365 leçons du souffle/ Jour 86

S’ÉMERVEILLER, C’EST NE JAMAIS S’HABITUER

Christian Bobin a passé sa vie à nous réapprendre cela : l’attention émerveillée au réel, au minuscule, au vivant. Mais comment garder une relation vivante à l’étonnement ? Peut-on retrouver la fraîcheur de regard des petits enfants, des mammifères ? À quel endroit de ma vie, ai-je cessé de m’étonner…parce que je pensais avoir compris ?

Le souffle dessille mes yeux.

Il dénoue et efface progressivement les habitudes, les certitudes, les frontières de ma perception limitée. À chaque respiration, il entre comme une première fois. Il sort comme une dernière. Et entre les deux, il ouvre un espace où le réel redevient vivant.

Respirer, c’est accepter de laisser mon regard s’ouvrir, sans jugement, sans a priori., poreux à ce qui est visible et invisible. Comme si je ne savais pas. Comme si je n’avais jamais su. Comme si je rencontrais l’autre, chaque chose, chaque situation pour la première fois. Et quelquefois, l’étonnement surgit quand j’accepte de ne rien savoir sur ce que je vois.

S’émerveiller est une désaccoutumance. C’est retirer, couche après couche ce qui recouvre le réel. C’est lever le voile des illusions. Ne pas s’habituer, c’est respirer sans mémoire.


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