RESPIRER LA FRATERNITÉ : HOMMAGE À EDGAR MORIN
« Je pense qu’il faut bâtir une nouvelle espérance. Je ne suis pas pessimiste car on voit une réaction un peu partout. Ce sont des îlots de résistance à l’empire de l’argent, des oasis de convivialité, de fraternité. Ils ne donnent pas une espérance globale, mais une espérance locale, temporaire, qui peut être un point de départ. »
Ces oasis de convivialité et de fraternité auxquelles aspire Edgar Morin sont ces espaces où nous faisons l’expérience collective de la reliance : un lieu, une relation, une pratique, une communauté, un collectif… Des espace-temps où nous respirons à l’unisson, où nous nous sentons profondément reliés les uns aux autres, dans l’accueil de nos différences. Or la modernité a produit beaucoup de disjonctions, de fragmentations. À commencer par celle entre corps et esprit.
Je suis convaincue que chaque être humain aspire profondément à se sentir relié. Et lorsque nous sommes coupés de nos émotions, dissociés de notre corps, en conflit avec certaines parts de nous, cette fragmentation intérieure se projette sur le monde. Elle devient tension relationnelle, besoin de contrôle, lutte de pouvoir, conflit, destruction, violence.
Le souffle nous enseigne respiration après respiration, un autre chemin : celui d’accepter toutes ces parts intérieures qui demandent à cohabiter harmonieusement, d’habiter notre complexité sans la réduire, d’être en paix au plus profond de nous. Plus je respire en conscience, plus je me sens reliée à moi-même. Plus je me sens unifiée, en sécurité intérieure et plus je m’ouvre à l’altérité, à la différence, à la complexité de l’autre… à l’amour aussi. Parce qu’en accueillant mes limites, mes contradictions, en reconnaissant la diversité qui m’habite, je suis capable de reconnaître celles des autres, sans les juger, sans les combattre.
Sentir que tout est reliance en moi m’ouvre à ma dimension la plus humaine et la plus éthique : je deviens consciente de notre communauté de destin, j’incarne naturellement la fraternité. C’est le chemin le plus rapide pour multiplier et animer ces oasis, qu’appelait de ses voeux Edgar Morin.
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