LE COMPLIQUÉ M’ÉPUISE. LE COMPLEXE RÉVEILLE MON INTELLIGENCE
Cette photo que j’ai prise à La Poste illustre une confusion fréquente dans le langage, entre “compliqué” et “complexe”. On peut y lire : « Pour résilier votre bail. ByeBye la complexité. » Non, messieurs. Résilier un bail n’est pas complexe. Je peux en décrire toutes les étapes à l’avance et le résultat reste prévisible. C’est juste compliqué et souvent épuisant.
Si nous confondons ainsi “compliqué” et “complexe”, c’est parce que tout, dans notre éducation et notre culture, nous pousse à les confondre et à utiliser les outils de l’un pour parler de l’autre.
On nous a appris à penser dans des logiques de décomposition, d’analyse, de causalité simple. Le “compliqué”, c’est ce que notre mental peut contrôler, découper, résoudre. C’est linéaire, analytique. C’est une suite logique. C’est extrêmement efficace pour gérer une machine, un problème technique, mais ça devient totalement inadapté dès qu’il s’agit de systèmes vivants interconnectés, mouvants, imprévisibles car en permanente émergence. Et surtout non découpable, non contrôlable.
Ensuite, on transforme inconsciemment le complexe, par nature ambigu et paradoxal, en compliqué. Notre cerveau cherchant en effet à réduire l’incertitude, le compliqué lui donne l’illusion qu’il pourra le résoudre. C’est ce biais cognitif qui trompe notre perception.
Là où le compliqué a besoin d’explications, le complexe, lui, se révèle dans l’expérience. Je ne cherche plus à comprendre, je ressens. Et ça change tout. Et justement, c’est cette différence que me fait sentir la respiration consciente, phénomène complexe par nature. Elle me sort d’une logique de contrôle, d’analyse pour me faire entrer en relation avec ce qui émerge. Elle m’apprend à tolérer le paradoxe et l’incertitude. À sentir les dynamiques à l’oeuvre plutôt que de les réduire.
Respirer en conscience réveille en moi une forme d’intelligence reliante qui ne cherche plus à simplifier, découper ou “résoudre” le vivant mais m’apprend à “m’accorder et à me relier ” à lui. Je crois que c’est ça être intelligent. Appliquer la logique cartésienne pour ce qui est compliqué et percevoir et accueillir la complexité dans mes relations avec moi, l’autre, la Nature.
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