RIEN NE CHANGE SANS DÉSÉQUILIBRE
Notre souffle nous l’enseigne : nous ne sommes vivants que parce que nous dissipons en permanence de l’énergie. Elle circule, se transforme et se dissipe.
Ilya Prigogine, prix Nobel de chimie en 1977 pour ses travaux sur les structures dissipatives, est venu poser des mots scientifiques sur cette évidence du vivant. Les systèmes vivants — organismes, écosystèmes, organisations — ne se transforment pas malgré le déséquilibre, mais à travers lui. C’est dans les zones de turbulence que quelque chose de nouveau devient possible.
Lorsqu’un système est traversé par un excès d’énergie — stress, pression, complexité — deux chemins sont possibles. Soit il se rigidifie, tente de maintenir coûte que coûte son équilibre, et finit par s’épuiser, ou se rompt. Soit il laisse circuler, dissipe l’excès… et entre alors dans une réorganisation profonde, accédant à un nouvel état d’équilibre, plus ajusté, plus vivant.
Eh oui, l’ordre ne naît pas de la stabilité. Il émerge du désordre.
Vouloir changer sans accepter le déséquilibre, c’est une illusion ! Le chaos est une condition à traverser. Il est le seuil du renouveau.
La respiration consciente que je pratique, est un laboratoire pour expérimenter ce processus. Lorsque la respiration s’intensifie, devient continue, connectée, l’énergie monte. Le mental résiste et le corps réagit : tensions, émotions, un inconfort passager. Mais si je ne fuis pas, si j’accepte de rester avec ce qui se vit, si j’accompagne la dissipation plutôt que de la bloquer, alors quelque chose cède. Les résistances se relâchent, les anciens schémas corporels se dénouent. Et peu à peu, un nouvel état émerge. Plus fluide. Plus ouvert. Plus vivant. C’est ça la transformation.
Respirer consciemment, c’est s’entraîner à cela : traverser le désordre sans se crisper, laisser circuler l’énergie, et faire confiance à l’intelligence du vivant pour se réorganiser.
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