LÀ OÙ LE SOUFFLE PRÉCÈDE LES MOTS
On assiste à une inflation du commentaire : tout appelle une réaction, une prise de position, un avis immédiat, comme si exister passait par le fait de se prononcer sans délai. Le mental s’empare de chaque situation pour la classer, l’interpréter, la réduire à ce qu’il connaît déjà. Et derrière nombre de commentaires se cache en réalité un jugement, parfois subtil, parfois maquillé en analyse ou en « partage d’opinion ».
Ma formation intellectuelle m’a appris à décocher des flèches, à répondre avant même que la question ait fini de résonner. J’ai appris à argumenter, à analyser, à prendre position, avec précision, parfois avec brio. Pendant très longtemps, j’ai cru que la justesse se mesurait à la rapidité et à la solidité de mes réponses.
Quand on ralentit, qu’on revient dans le corps, on développe une écoute profonde, sensible qui ne cherche pas immédiatement à nommer ou à conclure. On apprend progressivement à s’exprimer non plus “sur” quelque chose, mais “depuis” ce que cela fait vivre. Et dans ce déplacement, certains commentaires gagnent en justesse, en densité, en présence. D’autres, deviennent totalement inutiles à nos yeux ! Alors le commentaire change de nature : il ne part plus d’un besoin de s’exprimer à tout prix, mais d’une résonance qui émerge. Il n’est plus prise de position mais connexion.
Peut-être que l’enjeu n’est pas d’apprendre à mieux commenter, mais de ressentir avant de prendre la parole.
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