365 leçons du souffle/ Jour 146

LA FIN DE LA GUERRE EN NOUS

Tant que nous retenons le souffle, nous nous retenons nous-mêmes. Nous contractons le ventre, la gorge, la poitrine, nous serrons les mâchoires et nous appelons cela « tenir le coup », « rester fort », « gérer ».

Mais sous cette armure respiratoire, quelque chose attend. Quelque chose de vivant, de brut, d’incontrôlable. Une colère ancienne. Une peur d’abandon. Un désir immense d’être aimé.e sans masque. Une honte enfouie depuis des années.

Et la respiration, lorsqu’elle devient consciente, profonde, engagée, commence à fissurer les barrages intérieurs. Elle descend là où le mental ne veut pas aller. Elle ouvre les caves du corps. Elle remet du mouvement dans ce qui avait été figé pour survivre. Alors la vérité remonte. Pas la vérité intellectuelle. Non. La vérité organique. Celle qui tremble dans les tripes. Celle qui brûle la poitrine. Celle qui fait pleurer sans savoir pourquoi.

Respirer en conscience, c’est offrir enfin de l’oxygène à ce qui a été exilé de nous-mêmes. C’est permettre à l’émotion retenue de retrouver un chemin. Car bien souvent, ce n’est pas la vérité elle-même qui nous détruit, mais l’effort colossal déployé pendant des années pour ne jamais la sentir. Le corps paie le prix du silence intérieur. Les tensions deviennent chroniques. Le système nerveux reste en guerre. Le souffle devient court, défensif, coupé du vivant.

Alors quand quelqu’un ose enfin respirer au lieu de contrôler, quand il cesse un instant de vouloir paraître évolué, fort, sage ou « guéri », quelque chose se relâche profondément. La vérité peut alors être vue, entendue, accueillie. Pas pour être dramatisée. Pas pour être projetée sur les autres. Mais pour être traversée. Intégrée. Aimée même dans son chaos. Respirer devient alors un acte de vérité radicale. Un acte de réconciliation avec le vivant en soi.

Et parfois, dans cet espace où le souffle circule enfin librement, nous découvrons que ce que nous appelions guérison n’était peut-être rien d’autre que la fin de la guerre contre nous-mêmes.


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