LE CONFLIT EST CONTAGIEUX. LE SOUFFLE AUSSI
Regarde-nous. Le ton de ta voix monte. Ton débit s’accélére. Tes épaules se soulèvent presque imperceptiblement. Ton souffle devient haut. Claviculaire. Ton corps est en mode combat.
Dans mon corps, quelque chose te répond. Mon diaphragme se serre. L’expiration se fait courte. Ma mâchoire se bloque.
Mon rythme s’est aligné sur le tien. Nous parlons fort tous les deux et bien plus vite que nous ne respirons. Nous argumentons en apnée. Nos deux systèmes nerveux s’activent, les respirations s’accélèrent, les phrases deviennent courtes, l’écoute diminue, la vision se rétrécit.
Deux mammifères. Un territoire invisible.
Ça pour être synchronisé, on est synchronisé. Mais en mode défensif ! Et le conflit s’intensifie à cause de cette synchronisation respiratoire.
Si je rentre dans ton rythme, j’amplifie donc la boucle. Mais si je modifie le mien…quelque chose change.
Alors je vais tenter : j’expire. Lentement. Jusqu’au bout. Mâchoire relâchée. Bouche ouverte. Je m’ancre dans le sol. Et j’attends une demi-seconde de plus que d’habitude avant de répondre. Cette demi-seconde change tout. Elle empêche la contagion.
Mon corps envoie un signal : “Je ne suis pas en danger.” Ma voix baisse. Mon débit ralentit. Mon regard se stabilise. Et le système en face le perçoit. Pas toujours consciemment. Mais physiologiquement.
Respirer quand l’autre est en apnée ne change pas la raison du désaccord. Mais cela change mon terrain intérieur. Je ne cherche plus à gagner. Je cherche à rester respirante. Un souffle ample donne de l’espace aux mots. Et parfois, cet espace suffit pour que quelque chose se dénoue.
Je ne dis pas que c’est facile. Je dis que je suis responsable de le tenter.
Le conflit aime la contraction. La régulation aime l’expiration. Qu’est-ce qu’on attend pour apprendre ça dès la cours de récréation ?
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