LA CONSCIENCE N’A PAS DE POIGNÉE !
En français, nous disons « prise de conscience ». Quelle étrange tournure.
Comme si j’allais me saisir de la conscience ! L’attraper au collet comme un vulgaire lapin. Et la conscience deviendrait quoi, alors ? Une prise ? Une proie ? Comme si comprendre relevait d’une capture ? Comme si MOI, sujet volontaire, j’attrapais une vérité ?
Cette métaphore dit beaucoup de notre culture basée sur notre besoin de posséder.
Les Anglais disent insight — un voir-dedans. Il n’y a plus de main qui attrape mais un regard qui s’ouvre. C’est déjà mieux.
Les Allemands parlent d’Aha-Erlebnis —l’expérience du “ah !”. Là non plus ce n’est pas une prise mais une expérience à vivre.
Le souffle remet au cause notre expression française bien mal trouvée et m’enseigne ceci : je ne prends pas l’air. Il n’y a pas un “moi” qui attrape l’air. Je ne “prends” pas une grande inspiration.
Le souffle ne se capture pas plus que la conscience. Il advient. Il me traverse. Il me quitte.
Il n’y a pas rien à prendre. Il y a juste à participer à la grande symphonie du vivant. Quand quelque chose devient clair en moi, c’est que je participe à un dévoilement. C’est comme une fenêtre qui s’ouvre d’elle-même et laisse entrer la lumière. Non pas parce que j’ai cherché à attraper la lumière. Mais parce qu’un instant, j’ai ouvert mon regard et que ça m’a fait aha !
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