LA CURIOSITÉ N’EST PAS UN VILAIN DÉFAUT ! : HOMMAGE À EDGAR MORIN / 6/ PARTIE 1
« L’éducation doit favoriser l’aptitude naturelle de l’esprit à poser et à résoudre les problèmes essentiels et, corrélativement, stimuler le plein emploi de l’intelligence générale. Ce plein emploi nécessite le libre exercice de la curiosité, faculté la plus répandue et la plus vivante de l’enfance et de l’adolescence, que trop souvent l’instruction éteint et qu’il s’agit au contraire de stimuler ou si elle dort, d’éveiller » *
Dès nos premiers instants, nous explorons. Nous touchons, observons, expérimentons, investiguons. Nous entrons en relation avec le monde à travers notre corps, nos sensations, nos ressentis. Nous apprenons de façon sensorielle et sensible. Nous sommes de véritables capteurs du vivant.
Puis, vers l’âge de raison, cette faculté naturelle semble s’émousser. Ou du moins se réduire. Peu à peu, nous apprenons que comprendre passe principalement par la tête. Comme beaucoup d’enfants, j’ai fini par chercher davantage des réponses que des questions. Il y avait cette injonction, explicite ou implicite : « Questionner est mal élevé. La curiosité est un vilain défaut. » J’avais intégré qu’il était plus important de savoir et de comprendre que de chercher. Pourtant, je n’ai jamais cessé de chercher. Chercher, chercher, chercher…Mais chercher pour tout savoir. Tout comprendre. Tout lire. Devenir experte de quelque chose. J’étais abonnée à Tout l’Univers quand d’autres enfants lisaient Pif Gadget. Et cette soif de connaissances ne s’est pas vraiment calmée avec les études !
Avec le recul, je réalise que je reproduisais souvent l’histoire de la clé perdue sous le réverbère : je cherchais là où il y avait de la lumière, mais pas nécessairement là où se trouvait la réponse. (Leçon du souffle n°18.)
J’honore profondément cet élan de curiosité qui m’a permis de me nourrir de savoirs multiples, d’explorer des disciplines variées et de cultiver le plaisir d’apprendre tout au long de la vie. Mais j’ai aussi découvert que lorsque la curiosité devient exclusivement intellectuelle, elle peut se transformer en pulsion. En boulimie de connaissances. En quête insatiable de « toujours plus ». Elle peut devenir une forme de fuite, de contrôle ou de compensation.
Alors, la curiosité risque de se transformer en puits sans fond. Une course sans arrivée. Un exutoire existentiel. Car elle nous coupe d’une source d’apprentissage tout aussi fondamentale que l’intellect : le corps. À suivre…
Extrait de : Les 7 savoirs nécessaires à l’éducation du futur.
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