AVOIR RAISON OU ÊTRE EN PAIX ?
Un mot de trop. Une phrase cinglante. Un désaccord. Un ton qui monte. Et là…mes valeurs sont touchées. Mes loyautés. Mes engagements. Mon, mon, mon…mes, mes, mes…
Le corps se tend. Le cœur se ferme. Le souffle devient court, saccadé. Bref… tout mon être se prépare. Pas pour aimer. Non. Pour gagner. Comme si l’autre venait soudain de basculer dans la catégorie : “adversaire officiel”.
Ah… je l’ai bien connu bien ce mécanisme. Celui qui construit des arguments brillants à 200 km/h,qui rassemble des preuves dignes d’un avocat, qui a un débit tagadac, pour faire mouche……pour avoir le dernier mot. Parce que “gagner” une discussion, ça fait du bien à l’image de soi. Chère madame ? Un petit shoot de « j’ai raison » ?
Mais en coulisses ? Ça me coupe de l’autre et ça m’agite intérieurement. Donc ça me coupe… de moi. Double peine.
Si je ralentis. Si, au lieu de répondre, je respire… Alors quelque chose change. Le souffle entre en scène. Et lui… ne prend jamais parti. Quand je me tends, il se bloque. Quand je me détends, il descend. Quand j’accueille… il s’ouvre. Quand j’écoute vraiment… il circule. Simple. Radical.
Car la paix est physiologique avant d’être philosophique.
Être en paix, ce n’est pas renoncer à soi. Ni devenir une carpette zen. Ni dire “oui oui” en serrant les dents. C’est revenir à un endroit plus vaste en soi, où ma valeur ne dépend pas du fait d’avoir le dernier mot (même si c’était un très bon mot, reconnaissons-le).
Dans le silence de la respiration, quelque chose se détend. Je découvre que je peux lâcher. Que je n’ai pas besoin de convaincre pour exister. Que la vérité… n’a pas toujours besoin de gagner pour être vivante.
La paix arrive souvent comme ça : quand j’arrête de lutter. Quand je respire au lieu de préparer ma réponse. Quand je me souviens que l’autre, n’est pas un ennemi, même s’il déconne, mais un être humain. Oui, même lui !
Et alors… une autre intelligence apparaît. Je peux dire ce qui est vrai pour moi… sans attaquer. Je peux entendre l’autre… sans me défendre. Je peux rester en lien… même dans le désaccord. Parce que je ne cherche plus à gagner. Je cherche à être en relation.
Il suffit parfois d’une seule respiration consciente pour passer de l’un à l’autre.
Alors oui, avoir raison me sépare. Être en paix me relie. “Qu’est-ce qui est le plus précieux, là, maintenant ?”
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