LAISSER PARTIR L’INUTILE
Quand on est une vendange tardive, le temps devient précieux. Comme le raisin resté plus longtemps sur la vigne, je cherche à donner de l’intensité aux années qui me restent. Chaque jour prend une autre saveur.
Je n’ai pas forcément envie de regarder en arrière. Le passé est passé, n’est-ce pas ?
Pourtant, il me rattrape sans cesse… Il me fait souffrir et parfois aussi, les personnes que j’aime le plus. Les vieux réflexes se déclenchent plus vite que mon ombre. Déni. Fuite. Contrôle. Attaque. Résistance. Autoritarisme. Tous ces mécanismes de protection — devenus inutiles — serrent encore parfois mon ventre, ma gorge, ma poitrine. Les rôles que j’ai si bien joués se réactivent même quand la scène est vide. Oh, ils m’ont protégée. Bien et longtemps. À tel point que j’y suis attachée à ces vieux réflexes, à ces anciennes peurs, à ces rôles.
Le souffle ne discute pas avec le passé. Il ne négocie pas avec l’armure du chevalier. Il entre. Il circule et va là où tout est inscrit. Dans mon système nerveux. Dans mes cellules.
Respiration après respiration, l’automatisme se délite, se dissout progressivement. Je retrouve en moi de l’espace. De la liberté. De la légèreté.
La vendange tardive n’est pas un fruit fatigué. Elle a juste besoin de laisser s’évaporer, avec humilité et tendresse, ce qui n’est pas utile pour devenir un grand cru.
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